Les prémices d'un genre littéraire entièrement
destinée à un jeune public sont apparus tardivement à
travers les contes de Charles Perrault au XVIIe siècle. Jusqu'au XIXeme
siècle la littérature de jeunesse demeure un genre confidentiel.
Ce n'est qu'avec la vulgarisation de la scolarisation obligatoire et le développement
des techniques d'impression dans la seconde moitié du XIXe siècle
que naît une véritable littérature de jeunesse promue
par des éditeurs tels que Hetzel qui publie les uvres de Jules
Verne et Hachette, éditeur de la Comtesse de Ségur. Cependant
jusqu'aux années 1930 cette littérature est invariablement présentée
sous la forme de volumes reliés très encombrants , argumentés
d'illustrations non intégrées dans le récit dont le seul
but est d'agrémenter.
La création des " Albums du Père Castor
" dans les années 1930 va apporter une véritable révolution
dans la manière de présenter la littérature de jeunesse.
La maison Flammarion innove en proposant un nouveau concept moderne d'albums
pour enfants à la fois maniables, peu onéreux et dont les sujets
sont proches des centres d'intérêt des enfants (vie animale,
contes, activités manuelles, découverte du monde
). Jusque
dans les années 1970 les " Albums du Père Castor "
ont pignon sur rue dans le domaine de la littérature de jeunesse. Les
qualités des textes, de la graphie et des illustrations qui sont en
parfaite adéquation avec le texte permettent enfin aux enfants de mener
une lecture autonome.
L'album de jeunesse tel que nous le connaissons actuellement est né
dans les années 1960. Dès 1965 les éditions scolaires
de " L'Ecole " proposent une nouvelle collection " L'Ecole
des Loisirs " se présentant sous la forme d'albums permettant
une lecture ouverte et imaginative à l'opposé de la lecture
fermée et rationnelle des manuels scolaires.
La lecture de ces albums sollicite désormais les
qualités personnelles et des jeunes lecteurs. Pour garder sa place
dans notre société de consommation et ne pas succomber aux diktats
de la mode les éditeurs d'albums de jeunesse doivent sans cesse se
remettre en cause pour proposer aux enfants des produits à la fois
beaux, interactifs et étonnants pour susciter leur curiosité.
Dans les années 1960 apparaissent une génération d'auteurs
illustrateurs, véritables créateurs qui bousculent toutes les
conventions de la littérature de jeunesse et s'adressent directement
aux attentes des enfants.
Dans le courant des années 1970, la littérature de jeunesse
ose aborder à des fins pédagogiques des thèmes jusqu'alors
tabous comme l'identité sexuelle, la mésentente parentale, la
sensualité enfantine.
Les styles et les thèmes se sont encore diversifiés depuis les
années 1970.
Avec le temps sont apparus les albums animés (albums
d'image pourvus de petites animations : dessins qui bougent lorsque l'on tourne
les pages ou que l'enfant peut faire apparaître). Et plus récemment
ces histoires ont été portées à l'écran
: télévision ou ordinateur, les nouveaux albums animés
sont virtuels. Ceux-ci tentent de répondre aux études prouvant
que, depuis les années 80 les enfants se désintéressent
de plus en plus des livres pour leur préférer la télévision.
Pour inverser ce mouvement, il suffisait d'intéresser les enfants à
une histoire en la faisant découvrir à la télévision
pour les amener à lire sa version papier. De là, les enfants
pourraient s'intéresser à d'autres albums, et peu à peu
s'initier à la lecture de livres...
Cette nouvelle forme d'album met le doigt sur un détail important de
l'acquisition de la Culture par enfants : la télévision ! Loin
des préjugés, la télévision est porteuse de culture
tout autant que le sont les livres. Si l'on choisit avec discernement ce qu'on
regarde et lit, la télévision et les livres peuvent complémentaires.
En effet, les albums animés vus à la télévision
sont plus compréhensibles et surtout plus habituels aux enfants, qui,
sans le "blocage" suscité par l'évocation des livres,
y sont plus réceptifs (même si l'histoire est plus compliquée).
L'album, vu à la télévision aura pour effet de piquer
la curiosité des enfants qui voudront alors lire le livre, connaissant
déjà l'histoire, ils la comprendront plus aisément. La
lecture étant facilitée, ils ne verront plus cet exercice comme
une corvée et pourront s'ouvrir à des oeuvres plus difficiles.
Finalement, les enfants découvriront que les deux
versions des albums animés, en livre et à la télévision,
sont deux aspects différents mais complémentaires d'une même
histoire : l'un est attrayant et accessible simplement, l'autre est plus intime
(car lu seul, aux lieux et moments choisis par l'enfant), et de plus les enfants
sont un peu les maîtres de l'histoire (ils peuvent lire à leur
propre rythme et sauter les passages qui ne les intéressent pas ou
bien faire des retours en arrière...).